Jungle Intérieure

Pourrure et Désolations I, texte 2

Avant, je réfléchissais beaucoup, c’était tout construit dans ma tête fragmentée.
C’était tout à débidouiller comme des petits nœuds.

A 13 ans, ma grand-mère faisait des petits nœuds ; moi je les défais.
Pour cela, il fallait, non pas se lever tôt, mais ne jamais se coucher.
Boire le thé du chirurgien, pour bien préparer son errance et aller chercher la jungle.

Car, c’est bien une jungle qui s’agite dans la tête. Ce n’est ni un noyau fait de matière première, ni une série d’anneaux gravitant sur plusieurs niveaux autour d’un soleil qui s’allumerait comme l’ampoule à idée du petit cartoon animé.

Non, chez moi c’est la jungle, c’est la forêt sans chemins ; c’est la ruine du dieu solaire oublié.

Et dedans la jungle, c’est le nœud, c’est l’arbre qui tombe, c’est la mousse empoisonnée, la liane interminable, la grenouille introuvable, la fleur qui pue, le bruit qui courre, l’araignée impériale, le serpent à plume cocotte, c’est le singe déséquilibré, c’est la panthère qui fait sa sieste, c’est la gourde vide, c’est l’eau dorée par l’argile, c’est la procession apocalyptique des fourmis, c’est la libellule aux envergures inquiétantes, c’est l’oiseau coloré qui chante la mort, c’est le paresseux agité, c’est le cochon noir, c’est le termite bâtisseur, c’est le secret derrière le secret, c’est la cité souterraine des vampires ailés, c’est le trou dans lequel il ne faut pas tomber, c’est la feuille de bananier qui protège les têtes, c’est le feu qui fait s’éclater la sève ; c’est le piège à chaque pas, c’est l’aventure sans promesses.

Mais dans mon ventre, c’est autre chose.
Dans mon ventre, c’est la constellation parasitaire.
C’est le plomb de la Pourrure qui a régressé en un contre corps irradiant.
C’est une tâche qui bouge, se développe, réticule, et dont la couleur varie à chaque caprice de la lumière.
Et dans cette tâche, c’est la nano-cité, c’est le corpus delicti d’une société agissante.

C’est tout petit, mais ça décide à ma place, c’est par là que tout passe, c’est là où tout traverse, c’est le petit monde de mon ventre.
Ça se pose des questions existentielles comme dans une pièce de Shakespeare, mais sans les belles robes et les jolis collants.
Ça va à l’essentiel : Détruire ou ne pas détruire ?
Les bactéries s’affairent en ordre de bataille, c’est comme une armée.
C’est mon armée intérieure.

Ça fait monde, ça met de l’ordre, sauf dans la jungle, ou alors, juste pour un temps, afin d’en faire une forêt.

C’est l’armée intérieure qui a défait la Pourrure, avec des couteaux et des peintures sur les figures, afin de se cacher des vilains accusateurs.
Et c’est mon corps qui sert d’enfer, c’est mon corps qui est la cause de la guerre et c’est mon armée intérieure qui dirige les opérations d’extraction.
Avec mon armée intérieure, nous vaincrons.

Nous détruirons l’enfer et nous irons marcher sur des structures illuminées.
Hors de toute catastrophe, nous chanterons dans mon ventre, les contre messes et les contre commentaires.
Et si nous voulons que le Diable soit bleu, il sera bleu et si nous voulons rejoindre la dame à la lyre, nous la rejoindrons ; au Valhalla des fous qui dansent éternellement.

Et si la jungle nous ennuie, nous installerons une usine à produire des monstres et ils porteront en eux des lumières et des dynamites et ne recevront aucune autre instruction que celle d’être hors de contrôle.
Avec une armée intérieure et un corps maladie, nous pouvons nous permettre d’avoir quelques ambitions impériales.
Une cavalerie intérieure, des hallebardiers intérieurs, des bombardiers philosophiques, des francs tireurs retranchés dans les formes, des opérateurs de la lumière, des mercenaires de la contemplation, et des intercepteurs de visions grotesques ; nous sommes prêts.

A moi ! La micro société du corps terrestre !
En moi ! Le cancer !
En moi l’appareil d’état en guerre !
A moi ! Le devenir Machine ! Machine ! Machine ventre !
A moi ! Le devenir enfer ! A moi l’armée intérieure !
En moi ! La poubelle et le hamburger !
A moi le danger et le schisme !
En moi ! Le développement et l’arrêt !
Et si je meurs de faim, ou bien mon corps me mange ou bien mon armée intérieure me dévore.

Elle mangera l’enfer et il aura bon goût.
Je suis l’enfer, je suis satan, je suis la machine à sataniser les armées intérieure !
C’est l’armée intérieure qui dirige ! C’est l’armée intérieure qui me venge dans la catastrophe !
Et si je le veux ! Je peux me venger de mon monde, je peux l’ensevelir, je peux noyer ma jungle, je peux brûler ma montagne, je peux foudroyer les eaux.

Je suis la star de mon armée intérieure, je suis le dieu de mes bactéries.
Je suis la réponse aux questions qu’on ne pose plus et je mets en marche les t-34 intérieurs, vers la victoire totale.
Et ne vous y trompez pas, c’est ma machine dieu corps qui rédige la propagande, ce n’est que me machine dieu ventre corps qui tranche.
Et la Pourrure s’en est allée, elle ne reviendra plus jamais, plus jamais l’amour pompant du contrôle, plus jamais le fouet affectueux de l’examen de routine, plus jamais le coup de pelle caressant la boue pourrante.
Plus jamais la sueur inutile pour la machine autre, plus jamais le râle futile pour le corps bleu qui asperge de vents les hommes.
Plus jamais le rythme harmonieux de l’appareil sociologique, ne viendra m’importuner avec la culture.

Plus jamais de paix, plus jamais de rires primitifs, plus jamais de contemplation du crachat, plus jamais d’écho des ptéropompes, plus jamais de fantômes marche la mort dans mon dieu ventre corps bactériologique.
Plus jamais d’acide euphorisant dans mon dieu ventre illogico parasitaire infernal.
Fini la course à la mort de l’an 2000, fini le socio culturel basical symbiose obligatoire.

Terminé le petit effet, le petit jeu, la petite roulette rouge et noir du créatif bigot en devenir homme de l’aérodynamisme capillaire.
Je capitonne, je verrouille, je claque la fenêtre et j’y mets des planches, je cloute les trous et j’y installe des mâchoires en ferraille et je laisse pousser la jungle dans ma machine tête à fragments malades ; en avant !

Publié par monsieurweso

Poète et Artiste, je mène une pratique pluridisciplinaire depuis une quinzaine d'années et me passionne pour l'Histoire de l'Art depuis plus longtemps encore. Le dessin et l'écriture sont mes pratiques premières, mais la gravure est la discipline majeure de mon travail.

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