Pourrure et Désolation I, texte 4
La pourrure est une et indivisible et il ne saurait être autrement. La pourrure est omniprésente, elle est tout et il n’y a que la pourrure. La pourrure fait vivre et fait mourir et se nourrit au gré de sa propre chaîne alimentaire.
Tout d’abord elle fait naître, elle fait naître de force la pourrure. Elle oblige à faire naître et elle extirpe le parasite du cocon pour l’observer en pleine lumière et le cultiver dans une pourrure adoucie afin de dresser lentement le parasite sur ses pattes.
Puis, la pourrure sélectionne et place les parasites dans des camps de développement afin d’insérer et d’éduquer le parasite dans le seul objectif de le rendre productif et docile.
Pour cela, le dressage pourrure se fait très tôt. Avec des graphiques et des interrogatoires, les agents supérieurs et assermentés de la pourrure, questionnent le specimen afin de tester sa pertinence et sa capacité d’écoute. Dès lors, le parasite est évalué et jugé et mis à l’épreuve grâce à une série d’ordres et d’exercice de préparation à la production de la pourrure.
Le contremaître prend en charge un groupe de parasite afin de les dresser et de les modeler en mettant à l’épreuve leur compétence et leur capacité de justification pour ce qui est de leur existence en tant qu’agent d’entretien de la pourrure.
Si jamais, un parasite ne répond pas, manque à son devoir au sein de la pourrure ou devient anomalie; s’animant alors d’un esprit critique, voir, d’une capacité d’opérer une dialectique au sein de la pourrure; alors la sanction dans le but d’une réinsertion s’avère immédiate et implacable.
Le contremaître l’isole alors, et utilise cette anomalie parasitaire afin d’en faire un mauvais exemple (mais exemple type tout de même) devant le reste du groupe parasitaire.
Chaque parasite doit alors montrer sa distinction face à cette anomalie en le prouvant à l’aide d’un phénomène de mimesis commun qui se traduira bien souvent par des séances d’humiliation et de railleries; qui prouvent, par cet élan majoritaire, que l’anomalie est bien une anomalie.
Le parasite réticent n’a d’autre choix alors, que de se soumettre aux sanctions et d’activer chez lui une autocorrection, mais il est souvent trop tard.
L’anomalie devient alors anomalie et uniquement anomalie au sein de la pourrure.
Ce genre de cas intolérable est fréquent au sein de la pourrure, qui, fera alors tout pour corriger ces agents de court-circuit et d’empêcher de pourrurer en rond; par différents moyens.
Car effectivement, la pourrure ne s’est pas faite en un jour. La pourrure est passée par différentes phases de développement avant de s’imposer comme modèle unique d’environnement parasitaire.
Il a fallu procéder régulièrement à des exterminations de parasites réticents à la vie empourrurée; par les flammes tout d’abord.
Mais, avec le progrès technique, la pourrure a su aussi développer d’autres méthodes très efficaces.
Le recyclage par l’exploitation de masses parasitaires primitives, les réunions sectaires, les enjeux de conflits parasitaires encourageant l’autorégulation par les tueries disciplinaires. Et puis il y a eu aussi le gaz, les électrochocs jusqu’à arriver à une extrémité atomique; que la pourrure usera en ultime recours afin de s’autodétruire; préférant une fin digne plutôt que d’accepter l’idée qu’un autre mode de développement de porcherie est possible.
Le parasite de la pourrure, a su, quant à lui, s’adapter au mode de fonctionnement de la pourrure; fut-il contraint d’être questionné et étiqueté et mis en boite et forcé à un rendement productiviste afin de nourrir la pourrure au-delà de son décès.
Le parasite, de par sa volonté de développer la pourrure, n’estime pas être en sursis. Non, le parasite commun de la pourrure, ne s’imagine même pas tous les possibles qui lui sont occultés dans la pourrure; n’ayant pas été renseigné au cours de son insertion éducative. La pourrure protège le parasite ainsi que l’anomalie, dont l’utilité s’avère primordiale dans le bon fonctionnement des règles morales de la pourrure.
La pourrure est une geôle crasseuse qui s’étend sur plusieurs milliers de kilomètres, dans laquelle des stimulis de désirs parasitaires, font office d’attractions sensibles, qui amènent le parasite à insérer des tuyaux dans tous les orifices sexuels et sensoriels de son corps. Ce sont des électrodes qui font passer des ondes parcourant tout le corps du parasite moyen; activant notamment les zones érogènes; afin de le pousser à se reproduire avec un partenaire indéterminé.
Ils s’accouplent à leur tour pour donner un parasite qu’ils entretiendront dans le pur respect de la production imposée par la pourrure.
Toute sa vie, les sens du parasite seront animés par ces ondes stimulantes et divertissantes pour lui, et l’encourageront à produire et produire encore, jusqu’à ce que ses capacités physiques amoindries, ne lui permettent plus de pomper ou de tamponner ou de guider le parasite moyen vers l’excellence de sa fonction parasitaire commune.
Une fois mis à mort, dans une agonie plutôt désagréable bien souvent, la pourrure entraîne le corps inanimé du parasite, dans une usine de recyclage.
On dissèque entièrement le corps parasitaire afin d’en extraire la matière première qui servira à consolider les parois visqueuses de la pourrure et de lui permettre, paradoxalement, ce qu’on pourrait appeler un lifting.
Rien ne se perd dans la pourrure, tout est mâché et digéré et expulsé afin de permettre au système pourrure de perdurer dans les inconséquences temporelles que les corps parasitaires redoutent.
C’est ainsi que le cycle de la pourrure continue; malgré le cancer.