Forge la poubelle

Pourrure et Désolations I, texte 8

Pas encore torturée dans les trompes alarmées,
La Grande Porte de terre déverse sa légion de feu.
Coups de maillets sacrés oblige au nom de la guerre.

Pas encore murmurées, les sentences.
La furie providence se déleste de menaces qui encrasse
La mutante à vendetta et ses petits mots gros calibres.

Mais ma tête, encrânée par le ptéropompe,
Attend la mise en route de l’écorcheur à chaudrons.
La matière grise noircie comme une bile rongée de peste.

Tandis que dehors ça défile en tenue affriolante,
Les derniers parasites de la virtualosphère.
Tous fiers d’être fiers, pressés d’être pressés,
Vivants de vivre à se reproduire pour se reproduire
Et danser pour danser et les deux en même temps
Si le temps manque pour être conforme.
Façonnés de bruits et de fureur qui désarticulent
Jusqu’à éviction de l’être pour ne garder que la fonction.

C’est forçats et c’est damnés dans la Pourrure.
C’est parasite et c’est petit virus
Qui se déguisent en grand virus.

Et ça parade et pétarade,
Tout nu sans son être,
Pour remplir et vider sa poubelle;
Objet de toutes les monstrations modernes.

C’est tout propre dans son cahier de codes,
Mensurations à puces mises à jour,
Pour pèlerinage obligatoire
Eloge de la détention administrative.
Chiffres magnétiques qui entrent et s’installent
Et se cumulent et s’annulent et
Bip bip dans ton corpus delicti programmé
ça crache et dégénère jusqu’à ce que
Respirer devienne terreur.

Vivre c’est dégueulasse; surtout à plusieurs.
En meute d’animaux sociototoliques.
A se reluquer la gorge molle,
Serrer les pattes faiblardes,
Devoir fixer attentivement les yeux des autres,
A défaut de pouvoir faire confiance.

Pire encore, il faut écrire des poèmes sur des tables Ikéa.
La cité radieuse est dégueulasse; ça ne sent rien.

T’as la lèpre invisible, moi aussi.
Et ton mal est dans mon mal
Et quand tu tends la main,
C’est pour y mettre du venin de tête,
Et gâcher mes nuits de sommeil.

Pourrure c’est torture et blessure dans une constante.
ça étouffe l’élan vital avec momollesse de garçonnerie.
C’est douleur abondante qui crispe toute la carcasse.
ça lance même de l’intérieur juste là où se trouve un monde;
Il meurt et renaît par révoltes de bombes.

Je suis une nourriture divine et mes dieux sont :
La puce
Le moustique
Et la mouche

Et quand je sors en plein jour et qu’on lance à ma venue :
« Eh bien tu n’es pas mort ? »
Je réponds que je le suis et que je viens manger.

Qu’on m’apporte du sable, du verre et du charbon;
Il est temps !
Je suis prêt à brûler, exhiber mes scories.

Entrer et sortir par la Grande Porte de terre.
Sans peau et durci pour n’être qu’un nerf qui tranche.

Publié par monsieurweso

Poète et Artiste, je mène une pratique pluridisciplinaire depuis une quinzaine d'années et me passionne pour l'Histoire de l'Art depuis plus longtemps encore. Le dessin et l'écriture sont mes pratiques premières, mais la gravure est la discipline majeure de mon travail.

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