Marche mon spectre

Pourrure et Désolations I, texte 6

J’ai décroché du vide
J’ai mis fin à l’attente
Je n’ai pas cessé d’avoir peur
C’est juste qu’elle a perdue prise
Qu’elle a perdu sens
Juste un effet de plus
Qu’est-ce que c’est un effet ?

Je me suis levé
De toute ma hauteur
De toute ma colère
De toute cette énergie qu’elle génère chez moi
Elle me fait tenir
Grogner c’est vivre
Ce grognement contre soi
Ce coup de pied mental qu’on s’inflige

Tandis que mon cri pourrait rester
Strident comme une balle
Au bout du mot
A son début
A sa fin
Au-delà du mot et de son idée
Plus rien d’autre qu’un cri
Qui survit aux ruines du monde

Et les mots d’ailleurs sont revenus
Au loin, les étendards nouveaux
Sans effigies ni promesses
Non pas ceux d’un monde perdu
Mais de mondes qui n’existent pas encore
Et cette musique venue de l’horizon
Qu’elle pousse les justes à partir en guerre !
Un tambour dans les jambes
Une mélodie qui met en branle
Toujours prête à rappeler
Le possible derrière le chemin
Le pas fier, sans hésitation
Sans failles
Rien d’apparent sous l’air cruel
Un visage ensauvagé
Rouge des douleurs des autres
Guéri de la Mort
Qui m’appelle sans cesse
Cette peur de mourir
De n’être rien
De finir seul et démuni
De ne jamais trouver de place
Où ça la place ?
Elle est là ma place
Elle marche avec moi
Ma toute petite place
Elle marche avec moi
Toute petite sous mes grands pas
Ma place marche
En compagnie de mes pas
Ma place c’est mon spectre
Marche mon spectre et fait mourir
Marche mon spectre et brûle
Marche mon spectre et ronge
Marche mon spectre et dégage les
Marche mon spectre et dévore le monde
Aura génératrice dégénérative
Mes radiations, mes destructions
Pour ensevelir le monde
Dans un souffle déchirant
Plus d’Histoire ni de testament
Et terminé les anecdotes
Le poing serré
Dans mon armure de cuir
Les épaules redressées
La bouche comprimée
Ferme
Noir
Droit dans ta fin
Les corps mous
Perdus des vieux, des enfants
Et leurs airs ahuris
Occupés à se laisser occuper
Disponibles
Disparus
Désengagés, dégagés
De la Joie et de l’Angoisse
De vivre en pleine conscience
C’est déjà en train de s’écarter
En train d’être gêné d’exister
D’être là ici et maintenant
A chaque fois que je fais un pas
Mon pas est ma conviction
Un bon artiste est un artiste bien chaussé
Je défile dans la rue
Avec mon armée intérieure
Prête, saillante
bandante
Vibrante
Issue des profondeurs
De ces couloirs obscurs
De ces cabinets insonorisés
Derrière le rideau de nuit
Entrainé à combattre
Suspendu, la tête en bas
Nuée dont les regards sont nuées
Jetées, surgissantes
Raclant ma gorge
Comprimant ma poitrine
Me mangeant comme un corps affamé se mange
Qu’ils s’y frottent à cette armée
Et ils s’embraseront
Purgés
Indisponibles
Sous un « pardon » bien poli
Qui sonne comme une menace
Ils ont peur des voyous
Des assassins
Des maladies
Des fous
Des autres
D’eux-mêmes
De leur ombre
Et ils le savent très bien
Que lorsqu’ils décident que je suis la peur
Je suis la peur
Et que lorsqu’ils me croient armés
Je suis armé
De mon armée intérieure

Publié par monsieurweso

Poète et Artiste, je mène une pratique pluridisciplinaire depuis une quinzaine d'années et me passionne pour l'Histoire de l'Art depuis plus longtemps encore. Le dessin et l'écriture sont mes pratiques premières, mais la gravure est la discipline majeure de mon travail.

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