Pourrure et Désolations I, texte 9
Tombe encore
Trombe de corps
Encore des sauts
De grands sauts
Des petits corps
Des miettes de corps
Des corps encordés
Décrochés
Comme des cordes cassées
Cédées
Tout s’est rompu
Dans les têtes et dans les jambes
Des milliers de corps dans les corps
Dans les têtes et dans les jambes
Des milliers de corps s’effondrant
Dans les têtes et dans les jambes
Les corps ne sont que des rotules qui hurlent
Dans les têtes et dans les jambes
Qui se plient et un jour cèdent
Rien d’autre.
Ça se tient debout autant que ça peut
Puis ça tombe
A s’éclater les petites rotules
Dans les jambes et dans les têtes
Et dans le petit cœur aussi
Tout ça s’écrase
En plein vol ou sur le sol
Tout va dans un seul sens
Les corps comme des fruits hurlants
Comme des cordes vibrantes
Comme des bulles dans la boue
Comme des œufs secoués de l’intérieur
Comme des poissons dans des anneaux en plastique
Comme des chauves-souris dans des barbelés
Comme des porcs ébouillantés vifs
Tout s’en va dans le sens de la rupture
Dans le sens de la découpe
Comme le pain dans la machine
Tranche moi encore un petit bout de moi
Un petit bout de moi
Du corps.
De la tête aux jambes
De ce qu’il reste
Et que reste-t-il ?
Bavant
Bullant
Ecumant son acide
Par terre
Collé au sol
Emprisonné à l’horizontal
Nageant dans la poussière
Le futur.