Pourrure et Désolations II, texte 5
Kidnappés de la terre rouge, bébés chaos.
Sont nés de misérables matières bleutées.
Dans la poussière et la boue des bêtes.
Au beau milieu d’un défilé de chiens gris.
Et accusés de n’être que des monstres.
Ils se sont réfugiés dans un monde muet.
Survivant du peu qui pouvait épanouir.
Les beaux enfants des vapeurs noires.
Et ils ont courus nulle part, tout le temps.
Jusqu’à croiser un semblable pour danser.
Puis se toucher, puis se manger et s’enfuir.
Et emporter avec soi un sac de tristesse.
Puis ramper très loin encore, discrètement.
Pour ne s’arrêter que devant des colères.
Qui ne ralentissent que peu d’entre nous.
Qui saignons nos pieds pour les réchauffer.
Ne me suis-je pas déjà vu en toi ? Dans toi ?
A moins que ce ne fut mon frère, naguère.
Qui secouait ton image avec le mauvais outil.
Et rafistolait le haut avec des couleurs vives.
Sans qu’on ne lui demande, il faisait son ouvrage.
Quand ce n’était pas, pour le plaisir d’un ver.
Je pouvais passer des heures à l’admirer.
En train de casser ses doigts, fragiles matières.
Sur le petit chemin qui se répétait toujours.
Ongles éclatés d’amour, il léchait ce chien.
La route était longue et la sortie, jamais loin.
On haussait les épaules pour mieux redémarrer.
La grande chevauchée de moi et toi et moi.
Et la petite valise qu’on faisait valdinguer.
Dans les descentes insensées, où en étais-je ?
Et parfois j’avais chaud quand tombait la neige.
Et des fois ! Des fois le sol devenait liquide.
Et la pluie crevait nos jouets d’enfant des fois.
Et des fois ! Mes pieds nus mettaient ma tête en bas !
Et avance ! Et pourquoi tu te retournes encore ?
C’est le fantôme de derrière qui rouspète le maître.
Encore une ombre qui voudrait bien que j’ai mal.
Dans mon mal et dans ma tête et encore dans mon mal !
Et des fois ! On fait une pause et on mange un morceau.
Ce n’est pas bon et on s’imagine que c’est pire !
Et des fois des serpents nous sorte du troutrou.
Et des fois c’est nous qui sortons du serpent.
Tel un feu craché avec une couronne de fer.
Qui discute avec notre pierre pour savoir qui triomphe.
Et des fois, on en reçoit une autre de loin; un enfant.
Qui cricrie à travers le dehors qu’on n’est pas, non.
On n’est pas et on n’a jamais été, misérables danseurs.
Et seule notre saleté, certifie que nous sommes grands.
Grands géants passifs qui regardent ce monde d’enfants.
En haussant les épaules, quels drôles de drôles de gens.
Qui jamais ne jouent, à se gratter comme nous.
Et font mine qu’ils ont bien mieux à faire, des petits princes.
Qui cachent tous une culotte qu’on n’a pas le droit de renifler.
Sans quoi c’est bâton, chaise qui claque et entraves honteuses.
C’est saleté collée à jamais entre le ventre et les barreaux.
C’est transformé en pâté pour fous parmi les fous.
Mélangé dans eux et avec eux, soyez gentil docteur.
Je voudrais du gâteau avant que ne vienne l’apocalypse !
Et avec ceci, je reprendrais bien une goutte de champagne.
Ah ah ah ! Pour qui me prenez-vous ? Vous voulez un baise main ?
Et pourquoi pas du fer à la place des dents comme les poules ?
Cela n’a aucune importance, j’arrête ma carrière de danseur.
Je vais maintenant attendre qu’un geôlier charmeur vienne.
Me dire comment fait-on pour se faire kidnapper ?