Pourrure et Désolations II, texte 13
Gestation,
Chaque jour est un soulèvement de l’armée intérieure.
On donne des coups de pieds, comme si cela pouvait tout réparer.
Les bras retiennent le dos, de peur de basculer dans l’égout.
La tête est penchée vers l’avant, elle renifle, les yeux sont révulsés.
Du moins ils en ont l’air, mais ce n’est qu’un petit air de fatigue.
La nuit c’est toujours une occasion de ne rien dire.
Les murs vont et viennent, le vent est devenu chose souterraine.
Au-delà, ce ne sont que bruit de pétarade et agitations inutiles.
On fini par rester assis avec une lampe suspendue au bras pour veiller.
On ne sait pas trop ce qui nous attend demain matin.
Mais ce qui est sûr, c’est que les cauchemars ne nous y prendront plus.
Peut être que demain n’existe pas; nous ne sommes jamais sorti d’ici.
Nous sommes resté occupés à être inoccupés par des monstres.
ça gratte,les mouvements s’automatisent, la frontière se fait mince.
Dès que l’on ferme les yeux, une araignée vous enrobe de sa matière.
Lorsque vous les rouvrez, vous êtes largué à travers cieux comme un sac.
Éclosion,
Parfois la colonne s’allonge tandis que vous bondissez.
De la vapeur depuis vos pores, colore le vide.
Vous pouvez tout attraper, surtout le mauvais.
Il y a du boucan dehors et des précipitations.
C’est particulièrement désagréable ce rythme linéaire.
C’est dénué de souffle, comme si tout était pompé d’avance.
Et puis de temps à autre, on constate que quelque chose disparaît.
Mais l’avantage, c’est qu’il n’y a plus de voûtes et de lumières filtrées.
Tout est évident, à ce moment très précis, tout se déconjugue.
Cela dure le temps pour un verre d’eau de tomber de la table.
Développement,
Les mains écrasent lentement l’air vers le bas.
La respiration se fait plus lente.
Autour de soi, le calme est revenu.
L’armée intérieure fait le décompte de ses forces.
L’esprit est composé de matière noire.
Celle-ci occupe les parties non utilisées du cerveau.
Dedans, une société de micro organismes prend les décisions.
Celle-ci sont souvent radicales et s’avèrent efficaces.
On s’imagine que cela relève d’une immédiateté issue de l’instinct.
Mais à l’échelle microscopique, cela prend plus de temps.
Lentement, le corps se gonfle et les pieds prennent position.
La nuque se redresse et un souffle écarte tout ce qui vous entoure.
La matière noire se déplace dans toutes les intersections internes.
C’est ainsi que tout est petit à petit colonisé.
Cela permet un rendement bien supérieur, avec un meilleur contrôle.
Aux pieds le courage, aux dents la propagande.
Ici l’armée intérieure, chaque jour est un coup d’état.
Les têtes sont secouées.
Les bras sont lourds.
Les pieds font mal.
Les torses implosent.
Les côtes lancent des éclairs.
Les genoux ne tiennent plus.
Les coudes ne plient plus.
Les tendons brûlent la chair.
Les yeux sont piqués au vif.
Les gorges sont condamnées.
Les dos valsent.
Les épaules ne portent plus.
Les mollets sont enflés.
Les chevilles souffrent.
Les ventres râlent.
Les poumons s’écrasent.
Les doigts se figent.
Les oreilles sifflent.
La figure est un trou
Et dedans, la cruauté.
Au fond il y a un cercle
Dans lequel, nagent d’incalculables tourments
De tout les traitres, torturés par leurs ombres
Lesquelles, peu de temps encore
Les occupaient de toute leur passion
Leur passion
Leur passion triste
Tout ça n’est plus rien
Les permissions
Permission pour passion triste
C’était pour souffler
Souffler dans le vide
Entre deux batailles
Mais maintenant
La fête est finie
Terminé de souffler dans le vide
Il n’y a plus de repos du guerrier
Il n’y a que des premières lignes
Des assauts ultimes
Et des charniers
Charniers dans les corps
Charniers intérieurs
Souvenirs ensevelis
Sous les bombes
Sous la rage
Sous les cris
Déjà oubliés et perdus
Les effigies détruites
Torturées et découpées
Membre après membre
Cassé comme sous la main du Titan
Sans commentaire
Cassé et arraché de sa luxueuse croix
Comme ce crucifix que j’ai brisé l’autre jour
Et qui a fini dans la poubelle
Avec les déchets domestiques
Les bouteilles vides
Les dessins d’enfant
Tout a disparu
Tout a embrassée une noirceur totale
Les souvenirs heureux
Les espoirs
Le désir de bonheur
Tout ça n’est rien
Je les ai jeté et y ai mis autre chose
Une cellule
Un trou noir
Une Perspective
Dans laquelle parade
Ma petite armée
Qui marche en sachant
Qu’elle est fichue
Et mourra
Rien ne doit renaître.
Rien ne doit jamais renaître de ce monde.
Tout ira
Tout ira s’encastrer dans le vide angoissant
De l’antemonde
Dans la mort
Tout finira
Finira par se taire
Par faire taire ces horreurs
Ces horreurs qui se répandent.
Dans ce cercle
Bâti par des hymnes
Regretté par des complaintes
Abandonné par des soupirs
Circulez !