J’ai participé à un podcast littéraire

Il y a quelques semaines, je regardais la chaine Youtube de Yasmina Behagle, plus de 3000 abonné.e.s, qui lançait un appel à des personnes amatrices de poésie contemporaine (la pratiquant ou non) et je lui ai envoyé un mail, afin de lui fournir quelques infos, noms d’auteur.e.s et j’ai eu une réponse.

Yasmina Behagle, autrice, youtubeuse et rédactrice du magazine « Chini-Chini » a un style qui me plaît, car elle n’utilise aucun effet qu’on retrouve chez d’autres youtubeuses et youtubeurs, pas de montage, de mouvements de caméra lents, pas d’image lissée. Yasmina parle devant la caméra, dans son environnement tel qu’il est à ce moment, avec des sons de l’extérieur, avec un propos qu’elle ne lit pas sur un pompteur improvisé à côté de la caméra, on est ici et maintenant avec elle et sa spontanéité fait du bien.

Et donc je reçois une réponse, me disant que comme j’ai une pratique et que mes infos qu’elle recoupe de son côté, correspondent plutôt bien, me propose carrément de participer au podcast.

Me voilà dimanche dernier, après le rachat d’un nouveau micro-casque et de la découverte de Zoom, jamais employé jusque là de mon côté, que je me retrouve dans un podcast pour parler de poésie avec d’autres auteur.e.s.

J’ai passé un bon moment, j’ai eu quelques scrupules sur mes prises de parole, aussi bien sur la forme que mon temps de parole, mais les retours de Yasmina ont été positifs.

Je me suis vraiment senti bien parmi mes camarades poètesses et poètes que j’ai eu le plaisir de rencontrer sur ce live, toutes et tous m’ont intéressé, j’ai vraiment bien aimé leurs personnalités et cela m’a donné envie de découvrir leur travail; donc j’espère qu’on se recroisera ou qu’il me sera possible de les lire.

Personnellement, je suis parti sur l’objectif de partir de zéro pour parler de poésie à des néophytes en étant très affirmés dans mes propos, quitte à donner l’impression d’avoir des opinions très arrêtées, mais c’était simplement pour ne pas aller par quatre chemins et avancer sur les 8 questions. Donc, quand je dis par exemple qu’il y a une manière de lire correctement des textes, c’est évidemment faux en théorie, j’essayais juste d’expliquer mes constats concernant mes lectures, afin de peut-être faire gagner du temps à des personnes qui voudraient lire leurs textes, écoutent ce podcast et s’interrogeaient sur les méthodes.

Je voulais éviter de réponde sans arrêt des « c’est comme vous voulez », « il faut un peu de tout », en pensant aux personnes qui auraient pu écouter ce podcast dans une attente.

Du reste, après relecture de cet entretien, je me rends compte de toutes les questions qui peuvent s’ouvrir, qu’à vouloir aussi aller droit au but, je ne suis parfois pas allé au bout de mes raisonnements (comme d’habitude) et il y a tellement de choses que je pourrais ajouter.

Alors je vous propose qu’après avoir écouté ces deux heures et quelques de discussion, vous lisez cette liste de faits que je trouve important pour conclure et ouvrir sur d’autres questions à propos de la poésie ici et maintenant :

_Comme le marché littéraire tourne autour du roman et de Paris, la poésie est renvoyé dans les marges et permet une indépendance artistique et culturelle hors de la capitale.

_La poésie permet de se défaire de la littérature, pour se concentrer sur l’écriture et l’expérimentation artistique. On n’est pas forcé d’avoir fait lettre-moderne/prépa-fac pour arriver en poésie et c’est même parfois mieux comme cela, pour éviter certains biais scolaires ou avoir des positions arrêtées aussi (exemple : Ne jurer que par Rimbaud et ne rien comprendre aux dispositifs contemporains).

_La poésie ne se vend pas dans l’industrie de livre, mais les poètes se vendent bien en ce qui concerne leurs interventions privée et publiques.

_Pour rebondir sur ce que disait Zinedine à propos de la poésie non pitchable, je pense que lorsqu’un auteur est suffisamment connu, comme Murakami par exemple, une maison d’édition parvient parfaitement à vendre la poésie; quitte à se concentrer sur l’aura de son auteur.

_Oui le rêve ultime en France est d’écrire un roman et qu’il soit publié, puis le rêve qui suit ce rêve est de devenir poète reconnu comme étant le sumum de l’art, faire partie de l’élite artistique, mais la poésie est pour moi plus accessible que le roman et elle est la revanche possible du prolétaire de médiathèque de province (que je suis), face aux héritiers de Neuilly et du centre-ville parisien nés dans la Culture.

_Comme la poésie est une succession de fragments, qu’on peut parasiter, malmener, donner vie par des lectures et qu’elle ne demande quasiment aucune fournitures, elle a une excellente carte en main pour se déployer en ce moment. Son dernier obstacle vis-à-vis du public est probablement sa non-nécissité à prodiguer les clefs de compréhension ou tout simplement du sens dans ses textes. Mais cette non-nécéssité est absolument vitale pour elle, cette séparation la sauve, car la poésie doit toujours s’échapper.

_Si vous utilisez la poésie comme un moyen de passer un message, de faire le militant politique qui coche toutes les bonnes opinions, de lire chaque vers lentement, en faisant des clin-d’oeil, à la recherche d’une complicité avec le public et l’envie de tout lui expliquer et lui prodiguer des conseils; ce sera une catastrophe.

_Nous sommes français et européens, pas anglosaxons, ne prenez pas des poètesses à la Rupi Kaur comme exemple, non pas parce que ce serait nul selon moi (je n’en sais rien, je n’ai pas lu ses livres), mais parce que ce n’est pas notre culture littéraire; c’est comme vouloir faire du théâtre Nô avec pour référence des sitcoms américaines. Nous sommes une nation de la poésie, sur un continent qui la pratique depuis l’Antiquité, soit 2000 ans avant l’existence des Etats-Unis et nos fantômes nous obligent à avoir un rapport d’éternité avec l’Histoire de la poésie et un rapport critique concernant notre temps, ses modes et ses ecueils. Et cela ne vous empêchera pas d’ailleurs de pouvoir être féministe, lgbtq+ friendly, antifasciste etc; au contraire, n’oubliez pas qu’avant de voir des figures féministes post-modernes, fustiger « le patriarchat », Antonin Artaud était censuré en radio pour la lecture de son texte « En finir avec le Jugement de Dieu » après la seconde guerre mondiale (rendez-vous compte de ce titre et de ce qu’il signifie). Les anglosaxons sur tik-tok n’ont donc rien à nous apporter de plus que nous n’ayons déjà; tout est là.

Merci à Yasmina Behagle de m’avoir fait confiance. Je vous encourage à soutenir le travail de Yasmina sur Youtube et vous procurer son magazine pour lequel le travail abattu aussi bien sur la forme que le fond, force le respect. Merci aux autres intervenant.e.s de m’avoir supporté, ainsi que mes blagues nulles. Vous m’avez toutes et tous inspirés et redonné foi en la poésie et j’espère qu’on se retrouvera, chères lectrices et lecteurs, avec d’autres nouvelles à propos de mon travail écrit. Vivement le printemps.

Publié par monsieurweso

Poète et Artiste, je mène une pratique pluridisciplinaire depuis une quinzaine d'années et me passionne pour l'Histoire de l'Art depuis plus longtemps encore. Le dessin et l'écriture sont mes pratiques premières, mais la gravure est la discipline majeure de mon travail.

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