En Février 1953, l’industrie de livre en France est bouleversée par l’apparition du livre de poche. Un format petit, trois à quatre fois moins cher qu’un livre, c’est un véritable bond en avant pour la démocratisation de littérature et des savoirs. Nous sommes tous des enfants de cette industrie du livre, les enfants de la pâte à papier mise en bloc en carré-collé (exception pour certains qui relient encore longtemps en cahiers cousus comme Gallimard nrf et autres), aux tranches massicotées, avec pour couverture, un carton souple ou papier plus épais. Même José Corti, réputée pour produire encore des livres à découronner soi-même, s’y est mis.
En tant que lecteur, je suis également un dévoreur de livres de poche devenu la norme et ne suis pas collectionneur de livres anciens, malgré l’intérêt que je leur porte en tant que diplôme d’arts de la reliure et amateur d’Histoire en général.
Mais une fois sorti de livre de poche, pour renouer avec ce qui compose un livre réalisé dans les règles de l’art, on se rend compte que cet objet est bien plus complexe que son neveu de poche.
La couture, le travail du dos à plusieurs couche, l’ébarbage, l’endossure, la maîtrise précise du découpage et du collage, de la manipulation du cuir, de la réalisation des faux nerfs pour certains, la coiffe qui vient couronner la tranchefile, tout cela demande un temps consacré, une maîtrise de gestes qui se forgent par les années de pratique et bien sûr, un matériel (semi) professionnel très spécifique et hélas, pas facile à trouver (surtout à bon prix).
Allant par étape, je ne parlerai même pas ici de la dorure et l’estampage qui sont presque un métier à part entière et qui sont pour moi, encore quelque chose de non résolu, je vais plutôt évoquer tout ce qu’il me manque pour la conception du corps d’ouvrage et du travail du façonnage du cuir.
Le combiné de reliure, l’indispensable :

Le combiné de reliure doit avoir l’axe en parfaite état, la structure en bois qui ne bouge pas (ce qui peut arriver à force des vibrations dû au travail sur l’outil). Le point important, ce sont les machoires en acier au niveau de l’étau, métallique, à environ 45 degrés et en bon état également.
C’est un indispensable, pour travailler confortablement en tournant autour du meuble (qui peut être compliqué dans sa version en fer-plein avec la cisaille incluse dessus), les machoires de l’étaux permettent de donner la forme de l’arrondissure du dos et travailler efficacement avec le marteau (qu’on verra plus bas).
Si vous me trouvez un étau de table (presse à dorer) avec ces dites machoires, cela peut aussi faire l’affaire et sera un gain de place, mais je serai limité dans les formats d’ouvrages possibles à réaliser.

Le bonus de la recherche :

Le fût à rogner avec la lame d’origine, adaptée à la rainure dédiée du combiné, qui permet de travailler à l’ancienne sans besoin de massicot (qui n’est pas la cisaille de bureautique à manche rouge et plexiglas de protection que vous nommez habituellement ainsi; rien à voir).
La cisaille, l’autre indispensable :

Avec une cisaille (non ce n’est pas un massicot), je pourrais couper les cartons de couvrir proprement (car c’est un enfer à la main) et donc, travailler en série. Cette cisaille Rougier & Plé en fer-plein me fait de l’oeil depuis longtemps, j’étais en négociation avec une amie relieuse diplomée pour l’acquérir, mais je crois que nous avons tout deux été pris par le temps.
Pour la cisaille, il faut que le repère vissable soit d’équerre (plutôt fiable sur celle-ci me semble-t-il), que le blocage ne marque pas (bon, sinon tant pis, j’emploierai un carton « martyr ») et bien sûr, que la lame soit en parfaite état et restaurée chez un professionel par le revendeur (quitte à lui rembourser la facture).

En cisaille, on a aussi ce modèle classique avec une pédale de blocage avec le pied, là encore l’état est très aléatoire car plus ancien et je ne suis pas fan à l’idée de m’encombrer avec un meuble supplémentaire qui n’aurait qu’un seul usage. Mais en bon état, c’est le top.
Une presse verticale à percussion :

On peut s’en passer si on aime faire dans la musculation et collectionner les kettlebells imposantes (à voir l’état physique du relieur à long terme), mais la percussion de la presse permet de dépasser la tension pour comprimer et donner une finition professionnelle au livre (comme s’il n’avait jamais été ouvert). Ce genre de presse, particulièrement les très grande avec la structure en poutre de bois, me servirait également dans mon futur métier de restaurateur de papier et document graphique (la mise à plat).
Il faut évidemment que la machine ne soit pas trop attaquée par la rouille, qu’il y ait toujours les poignées, que l’axe de la plaque de pressage ne coince pas d’un côté ou de l’autre et que le système de vis de percussion réponde parfaitement.
Ne me proposez jamais ceci :

Ce n’est pas une presse de relieur, c’est une presse de notaire, cela servait auparavant à réaliser des duplicata avec le document original et du papier carbone, cela n’a rien à voir avec la reliure et n’a aucune utilité pour moi. Il n’y a d’ailleurs pas de système de vis à percussion pour permet d’aller au-delà du pressage. A voir si cela peut être utile dans la confection des hamburgers.
Un beau cousoir bien réalisé, mon caprice :

J’ai deux cousoirs bricolés chez moi, dont un fixe et un autre amovible, avec du matériel de récup’, mais je n’ai pas de beau cousoir en bois professionel et rien de tel, quand on doit passer des journées complètes à coudre des ouvrages en série, qu’un beau cousoir en bois costaud et bien conçu.
Exemple avec celui-ci qui vient probablement du CFRPE lui-même (ou copié par un copain menuisier par quelqu’un), dont les barres verticales sont derrière, afin que les bras soient libres de leurs mouvements quand on tire le fil de couture. Ce modèle là c’est le top, mais il en existe d’autre qui feront l’affaire.
Un berceau de perçage :

J’ai déjà vu des gens qui l’avaient réalisé en carton (mais pour bien découper du carton, il faut une bonne cisaille). Le berceau de perçage permet de percer efficacement dans le pli des doubles-feuillets (papier plié en deux), qui permet de travailler sur des formats courts, menus, fascicules, fanzines et autres et mener un travail de reliure plus rudimentaire, mais avec un résultat professionnel tout de même. Cet outil se couple à la presse à percussion qui permet de mettre l’objet réalisé parfaitement à plat pour une finition sans pareille.
Le marteau à endosser, pas indispensable mais :

Alors le marteau à endosser est un marteau spécifique à la reliure, la tête est bombée, le bec est plat, le manche est court pour maintenir la tête avec la main (on travaille plus avec la tête que le manche). Cela permet de travaille le dos du livre entre autre, j’en possède déjà un, mais un tout petit format de 300g, avec lequel je risque de m’épuiser et perdre du temps inutilement lorsque je voudrais attaquer des formats plus importants. Malheureusement, les boutiques dédiée n’en fabriquent plus (à part celui à 300g qui est cher par ailleurs). il faut donc que je me constitue une petite collection à différents formats ou que je demande de l’aide à un vieux briscard qui serait capable de me modifier des maillets et gros marteaux de bricolage.
Une plaque lithographique :

Pour travailler le cuir, sans abîmer mes couteaux à parer (réduire l’épaisseur du cuir par endroits), il me faut un support dédié et il n’y a rien de telle qu’une plaque lithographique qui ne sert plus à imprimer.
Parer le cuir est un geste complexe à acquérir qui nécessite en complémentarité une plaque à parer dédiée spécialement à cela.
Si elle a encore des dessins dessus, ce n’est pas grave, mais certains revendeurs en font une plus-value, alors qu’on recherche surtout la pierre en elle-même pour son usage.
Donc si vous êtes dans la gravure et que vous possédez ce type de plaque, tandis que vous ne pratiquez jamais la lithographie; je suis preneur.
Pour la beauté du geste, la pince à nerfs :

Pas forcément indispensable dans tout type de travail de reliure, la pince à nerfs fait quand même partie des incontournable du travail de reliure, car elle permet comme son nom l’indique, de façonner des faux nerfs au dos du livre.
Je n’en possède pas, ce n’est plus fabriqué bien évidemment et c’est bien dommage, mais pour être un relieur accompli, c’est obligatoire dans le matériel professionnel.
Il faut évidemment que l’état global soit bon, vérifier si l’étau ne risque pas de couper le cuir (cela se retravaille ceci dit).
L’inattendu, la perceuse à percussion :

Outil très courant que l’on trouve partout, je voudrais simplement en monter une sur un support pour me servir de l’axe rotatif de la perceuse, afin d’affûter rapidement mes outils tranchant à l’aide d’un rouleau en feutre.
Ce n’est pas le truc le plus difficile à trouver, mais je voulais quand même le mettre dans la liste pour montrer qu’un atelier d’artisan peut vite élargir son matériel à son champ d’activité présumé.
Comme vous le voyez, il me semble du gros matériel, couteux même d’occasion car souvent plus fabriqué, qu’il faudrait parfois aller chercher on ne sait où et transporter (surtout les presse à percussion à l’ancienne), mais tout cela est obligatoire pour avoir un atelier digne d’être appelé professionnel.
je ne vous ai pas parlé non plus de certains matériaux qui peuvent parfois être en rupture et devenir couteux également, ni de la dorure à chaud dans le moindre fer à dorer coûte deux fois plus cher qu’un combiné d’occasion (je n’exagère pas).
Si je devais prioriser ma recherche dans un top trois, ce serait ainsi :
_Cisaille
_Combiné de reliure
_Pierre à parer/Pierre à lithographie
J’espère que cet article sera lu avec attention et que je recevrai des propositions, il ne me manque plus maintenant que vous saluer, vous souhaiter bon dimanche; je dois me préparer pour retourner gagner de l’argent afin d’acquérir ce matériel.