J’ai opéré une dame de 192 ans

Après mon année de CAP reliure (déjà évoqué ici dans « blog et IRL »), j’ai commencé une première année de cursus, pour me spécialiser dans la Restauration de Papiers et Documents Graphiques.

Un métier du patrimoine très spécifique, un peu « hybride » et très varié; à mi-chemin entre la restauration d’art picturale (estampe, affiche, dessin, aquarelle), du patrimoine écrit (parchemin, document historique, pages de livre ancien, billet de banque) et même de l’objet ancien (boîte ancienne, mapemonde, jouet ancien, ombrelle, PLV…). Un domaine qui se situe également à mi-chemin entre l’objet d’art et le patrimoine populaire.

J’ai effectué une première année entre 2023 et 2024 durant laquelle j’ai appris à identifier les différents types de papier et d’impressions utilisés dans l’Histoire, j’ai pu ici compléter mon savoir artistique dans l’estampe originale, par le champ historique et sa fonction de réplique passée.

Pour valider cette première année, j’ai dû sélectionner une estampe avec un champ de dégrations assez complet, c’est à dire, différents types de dégrations que nous avons appris à reprendre, afin d’effecture une conservation préventive, puis une restauration complète. Cette restauration était à faire chez soi, hors de l’atelier du centre de formation et le devoir devait être rendu incluant un mémoire détaillant le travail effectué.

Voici, l’estampe que j’ai restauré dans son état de dégration initiale :

il s’agit de « Singeries », une carricature âgée de 192 ans. Une lithographie issue d’un journal édité par la même maison qui publiait Georges Sand, Robida, Nodier et Balzac entre autres; dont la libraire se situait dans une galerie couverte de Paris. On est ici en pleine Monarchie de Juillet, dans un climat pré-insurectionnel. Cet estampe raconte cette période précise, elle témoigne de notre patrimoine en matière de satyre et de dessin de presse, elle est aussi un prototype de ce qui deviendra la Bande Dessinée. On voit ici une série d’anamorphoses, réalisée à 4 mains par Grandville assisté par Forest. Grandville est un amateur de la Physiognomonie, une pseudo-science disparue après des usages funestes. Grandville est un illustrateur illustre, qu’on retrouve dans des publications anciennes des Fables de la Fontaine et du Voyage de Gulliver. Cette estampe est dans deux musées parisiens, dont la maison parisienne de Balzac qui possédait un exemplaire de cette estampe.

Comme vous pouvez le constater, le tirage est dans un état de dégradation très avancé, entre les tâches, les plis, les déchirures, la teinte passée et surtout évidemment, les trous provoqués par un insecte xylophage.

Cela a donc été pour moi un véritable défi, d’attaquer un tirage avec tant de travail à effectuer; étant la tout première estampe que je restaurais de manière autonome, sans assistance; ne comptant que sur ce que j’avais appris durant mes courts et intensifs modules de formation (et dans mon logement inadapté pour certaines phases de travail).

J’ai nettoyé le tirage, intervenu dans sa chimie pour traiter le papier et rétablir son PH, j’ai comblé les manques, j’ai fait disparaître les greffes de papier en estompant au crayon ces dernières pour les fondre dans le documents et en toute fin, je suis intervenu modestement sur les manques dans le graphisme avec un crayon noir, pour redonner une lecture globale cohérente.

Et voici le résultat :

Comme sur n’importe quel type de travail de cet ampleur, j’ai des satisfactions et insatisfactions, toujours est-il que je suis heureux de vous annoncer, que mon travail a été jugé à la hauteur (compte tenue de l’ampleur de la tâche) et que mon mémoire a été apprécié.

Après un an de « pause », mon devoir a été validé et je pourrais reprendre et achever ma formation l’année prochaine, dans une seconde année qui promet d’être là aussi riche et passionnante. C’est avec ce bilan récemment reçu, que je peux aujourd’hui vous partager cet article et ce travail.

J’ai très hâte de reprendre ma formation, je reste passionné par le papier, l’encre, l’impression, le livre et je m’épanouis ici dans un domaine qui réunit les deux choses qui me tiennent à coeur dans ce bas monde : l’Art et l’Histoire.

En ce qui concerne la question d’en faire mon métier de m’établir, je n’y suis pas encore, mais j’en rêve et c’est évidemment une source de motivation.

J’espère que ce travail vous a plu, je suis très content de pouvoir vous le partager ici.

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A très bientôt, pour d’autres nouvelles !

Publié par monsieurweso

Poète et Artiste, je mène une pratique pluridisciplinaire depuis une quinzaine d'années et me passionne pour l'Histoire de l'Art depuis plus longtemps encore. Le dessin et l'écriture sont mes pratiques premières, mais la gravure est la discipline majeure de mon travail.

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