Marche-la-Mort

Pourrure et Désolation II, premier texte

Ils ont marché viandes, ils ont marché esprits, ils ont marché longtemps, la fuite comme letmotiv.
La fuite du bruit, la fuite des fracas, la fuite des violences, la fuite sur des chemins que peu aperçoivent.
Dans l’incompréhension des naïfs plein d’amour, des crevures plein de haine, de l’autorité intouchable.
Dans la morale des seigneurs terrorisés par leurs actes, dans la moquerie des singes déguisés en hommes.
Et dans la sueur et le crachat sec, secouant les peaux grisées et les vertèbres animées dans la volonté.
Les jambes raides qui se poursuivent et les yeux déjà perdus dans le continuel gémissement du souffle.
Qu’ils souffrent donc, les malades, les fous, les dingues, les lâches, les déboussolés, les affranchis.
Sur les sentiers périphériques de montagnes éventrées, sur les rives opaques s’éloignant des chutes.

Ramper pourquoi faire ? Ils sont toujours debout.
A croire encore, ne plus croire même, à autre chose que cela.
La nuque crevée à force de visser ses yeux vers ce qui est haut.
Grimper quand même, les pieds brûlés, tendons qui se révulsent.
Murmures ferveur, sec de coeur, ça vit encore dedans.
Le pas sévère comme une guerre qui jamais ne capitule.
La pulsation fur et mesure se maquille en éternité.
Et chaque genou est rouge, marqué de toutes les passions.

Et quand s’arrêteront-ils ces danseurs du dernier cercle ?
Qui ont le temps de compter chaque soleil qui se lève ?
Guenilles dressées devant lesquelles ça s’agenouille ?
Parmi les plus anonymes face à la beauté de la douleur ?
« Jamais ! », répondent-ils, cachés sous leur croix rouge.
« Sur nos dos vit un cuir, qui ne saurait s’endormir.
Et derrière nous, il coure, armé de son rouge burin.
Nous marchons pour vous dire, qu’il n’y a plus de chemin ».

Publié par monsieurweso

Poète et Artiste, je mène une pratique pluridisciplinaire depuis une quinzaine d'années et me passionne pour l'Histoire de l'Art depuis plus longtemps encore. Le dessin et l'écriture sont mes pratiques premières, mais la gravure est la discipline majeure de mon travail.

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