Jeter Aude de Kerros avec l’eau de Vichy

Pour une vigilance antifasciste, même face aux grands-mères de la gravure du dimanche.

Elle est l’autrice préférée des artistes ratés qui se partagent ses poncifs sur l’art contemporain avec leurs copains sur Facebook.

De buzz en buzz, en tirant sur l’ambulance « art contemporain », la popularité de cette « critique d’art » bat son plein.

Il faut dire que l’art contemporain (et surtout ce qu’on attribue à ce terme), laisse beaucoup d’artistes sur le carreau et est bien évidemment criticable et à vomir pour bien des raisons : Injonction sur des thématiques imposées, nécessité de venir d’un milieu privilégié pour faire carrière par son modèle bourgeois indépassable, doxa-poncifs-récit historique qui ne permettent de sortir du cadre (Duchamp est tout, il n’y a pas d’art que des artistes, on peut plus faire de l’art comme cela de nos jours, nous sommes tous des éléments gazeux dans la vie liquide et cela fait des bulles), la participation de l’art contemporain à l’enlaidissement du monde (lire Annie Lebrun « ce qui n’a pas de prix », autrice infiniment plus intéressante), certaines réalisations qui laisse le quidam dubitatif (« ah, donc le gars a mis de la terre de chantier au milieu de la galerie, c’est… »), son modèle économique (basé sur l’optimisation fiscale, la dérégulation et la spéculation) et bien sûr sa prospérité en partie basée sur des atteintes à l’environnement et aux droits humains (en servant de vitrine à des dictatures comme la Chine continentale, la Russie, monarchie arabes et autres dictatures d’Asie Mineure) comme toute industrie.

Mais fallait-il pour autant, laisser le champ libre et donner crédit à une idéologue d’extrême droite sur le sujet ? Surtout quand la personne en question, sous couvert d’un travail intellectuel, empile ses moments d’ignorance ?

C’est qui ou quoi Aude de Kerros ?

C’est une femme âgée de 76 ans, dont le dernier diplôme remonte à 1969 et le début de carrière à 1972. La formation qualifiante avec laquelle se base son « expertise » a plus d’un demi-siècle.

C’est une catholique fervente (pour ne pas dire intégriste), qui s’exprimait il y a peu encore sur « radio courtoisie », quand cette dernière était tenue par un catho intégriste d’extrême droite notoire : Henry de Lesquen. Un nazillon très « classique », très « épuré » et épurant, qui déteste les noirs et les juifs, se revendique « raciste positif » et avait bricolé son parti qualifié de « socialiste national » avant de se faire condamner en justice et dégager de sa propre radio. En 2012, on y discute art contemporain et « réconciliation des droites » (autrement dit, comment convaincre les gaullistes d’être subordonnés aux pétainistes ? Eric Ciotti est convaincu en tout cas). Au salon du livre organisé par la radio en 2016, on retrouve Aude de Kerros en train de dédicacer son livre sur l’imposture de l’Art Contemporain, à quelques tables de Renaud Camus, connu pour sa théorie ou « terroristerie » du « grand remplacement », qui s’exporte dans le monde entier au sein des extrêmes droites (RN, AFD allemand, Vlaams Belang dans les Flandres où il est reçu en invité d’honneur).

Le grand copain d’Aude de Kerros, elle-même préfacée par Nicole Esterolle

Pas étonnant que le parcours réactionnaire de madame, la conduise également à être publiée chez les nazillons de Valeurs Actuelles (dont l’ex directeur Geoffroy Lejeune a été condamné pour son racisme à l’égard d’une député de la nation) et aussi au Figaro, ou on peut être d’extrême droite tout en préservant son vernis de respectabilité.

Mais plus étonnant encore, c’est quand on la retrouve comme source à l’extrême gauche, notamment chez Franck Lepage durant une de ses fameuses « conférence gesticulée » à propos de la politique culturelle en France.

Ce dernier, ayant 15 stagiaires pour faire le « travail sourcé » à sa place, ne savait probablement pas qui il citait, mais non seulement il la cite sur scène comme argument d’autorité, mais en plus, il déclame un propos digne des « nous sachons » de concours, un énorme pavé complotiste à propos de la CIA qui aurait fait main basse sur le Marché de l’Art Contemporain après guerre (maintenant, ils n’aiment que Gluksmann à la CIA; il faut le savoir).

Car c’est sur cette « histoire » que se base tout le procès d’Aude de Kerros à l’égard de l’Art Contemporain, que ce dernier serait bidon au point d’être une création d’un bureau d’intelligence et de renseignements américains.

Cela lui va bien, où ai-je mis ma super-glue ?

Exit le fait que les USA possédaient 40% de la réserve d’or mondiale après guerre (et que l’Art suit les zones de prospérité, Dürer à Venise, c’était pas juste pour le panorama), que l’Europe était exsangue et que sa civilisation a quasiment été détruite par l’extrême droite, que les artistes et intellectuels européens avaient en grand nombre, migrés à New York. Son révisionnisme historique par le complotiste à trois effets :

_Il permet de condamner l’Art Contemporain sans avoir besoin d’arguments et sans avoir besoin de l’observer et d’en comprendre le parcours historique et donc de le penser (puisque ce serait une mascarade jusque dans son avènement), _Il permet de mettre au silence et nier tout les artistes, intellectuels, architectes d’origine juive qui ont fuit le nazisme et ont permis à New York d’être la capitale de l’Art Moderne et Contemporain après-guerre par leurs talents (puisque ce n’est pas eux qui ont fait les choses mais ce serait la CIA). _Il permet de corroborer l’idée qu’il y a eu une rupture entre l’Art Moderne et Contemporain (ce qui va, paradoxalement, dans le sens des promoteurs de l’Art Contemporain) alors que c’est faux; c’est une continuité sans rupture qui ne trahit pas du tout les modernes.

Sans pouvoir prouver les intentions réelles, je persiste en disant que ce révisionnisme historique, va dans le sens d’intérêts d’ordre antisémite et que c’est probablement pas un hasard, si l’extrême droite adore inviter et publier Aude de Kerros, qui ne fait pas mystère de sa foi catholique et son goût du classique et de la tradition.

Préfacée par Nicole Esterolle, un pseudo très bavard quand il s’agit de cracher son venin un peu partout, mais qui se dégonfle très vite sur des discussions, Aude de Kerros empile les conneries et les moments d’ignorance.

Elle nous explique par exemple, au début d’un de ses bouquins, qu’elle tombe de sa chaise en entendant à la radio, une somme ahurissante sur la vente d’une oeuvre d’un artiste dont elle n’a jamais entendu parler : C’était Jasper Jones; n’importe quel lycéen d’Arts Plastiques sait qui est Jasper Jones ou en a au moins entendu une fois le nom.

Sur une quartrième de couverture qu’on me tend dans une galerie, en me disant que le bouquin est « top », la première phrase commence en disant que les artistes contemporains ne savent plus dessiner, graver, peindre, ni sculpter. Je n’ai même pas ouvert le bouquin, la première phrase de la quatrième de couverture dit quelque chose de faux; cela relève de la performance, même Raphaël Enthoven n’arrive pas à faire cela.

Exit Tatiana Trouvé, Berlinde De Bruyckere, Kiki Smith, Julie Mehretu ou encore Cecily Brown. Non, ces femmes artistes ne savent pas peindre, dessiner, graver et sculpter, c’est une « critique d’art » qui vous le dit.. et la sorrorité bordel ?!

Quant à « l’oeuvre » gravée d’Aude De Kerros, exposée chez les copains depuis 40 ans, on est dans la belle gravure bariolée du dimanche avec titres pompeux dixneuviémiste et autres bondieuseries :

du grand art, foutez Cécile Reims au feu, ça c’est le VRAI art supérieur ma bonne dame

Les traits à la griffe de zingueur, de la tartinade de couleur, sujet pompier ridicule en son centre. Mais cachez-moi cette Tour Eiffel et ce Centre Pompidou que je ne saurais voir; Jesus-Marie-Joseph !

Voilà quelle artiste se cache derrière la critique de l’art contemporain, une personne artistiquement impuissante, qui vit au XXe siècle tout en rêvant d’un XIXe fantasmé ou d’un Paris où tout le monde porterait un berêt, une gourmette de communion et se baladerait avec un chevalet sous le bras, pour aller encrouter par ci-par là avec un usage abusif de la téréhenthine et de la colle organique (pas faute pour les prof d’art des années 50, d’avoir mis en garde là-dessus pourtant).

La coupe serait presque pleine, si on oubliait également qu’Aude De Kerros fait paradoxalement, la promotion de l’Art Contemporain et institutionnel, mais pour le compte de la Russie de Poutine; dont elle vante les mérites et affirme même que l’art là-bas pouvait se permettre d’être subversif et jouirait de libertés (tout en rappelant la détention des Pussy Riots et l’exil de Piotr Pavlensky; cocasse). Tandis que la Russie est l’un des états les plus mal notés avec la Chine continentale et la Corée du Nord concernant la liberté de la presse. La vieille réac’ fait même traduire une partie de sa bibliographie en russe; ce qui coche une case supplémentaire dans les choses à faire pour être une bonne idéologue d’extrême droite (les jeunes parlerait de « red flag », mais Aude de Kerros penserait alors que cela a un lien avec les socialo-communiss’).

Aude de Kerros, ne parlera probablement jamais de l’artiste Ales Pouchkine, mort en détention à l’âge de 57 ans dans les geôles de Louckachencko; parce que le monde russe, c’est formidable, les métros sont propres et font jamais grève, les filles sont bien peignées, les mecs rentrent leur t-shirt dans leur pantalon et il n’y a pas un arabe ni un pédé dans les rues (ah pardon, j’ai mélangé les arguments acceptables et inacceptables en public des pro-russes) et en plus JonOne, street artiste à la fibre sociale, trinque au champagne avec les oligarques de St Pétersbourg, alors vous voyez ? Tout le monde est content avec le monde russe; un véritable phare dans la nuit; où se colle les ailes des démagogues qui virevoltent.

Tout ça pour dire qu’en ce dimanche calamiteux* (*contexte de rédaction : Nous sommes le 7 juillet 2024 et nous sommes au second tour des législatives avec l’extrême droite en tête), puisqu’il faut faire l’état des lieux de l’extrême droite en France, qui essaime partout, même sur la table de chevet du ministre de l’Intérieur et dans les éléments de langage du président de la République, il faut rappeler que le Monde de l’Art, n’est pas une membrane imperméable au fascisme qui serait sous le joug des « socialo-communiss-islamobidule-wokistanais », mais bien un écosystème qui est attaqué et infiltré par l’extrême droite, qui joue sur les frustrations de certains, qui ont du mal à vivre de leurs Art, car ils produiraient à côté de l’industrie de l’Art Contemporain, que des agents culturels de la politique de décentralisation seraient descendu de Paris pour les agresser dans les années 90 et 2000, leur cracher au visage, fermer des petites galeries de centre-ville, contrôler qui-fait-quoi, sélectionner et distribuer les passe-droits pour les centres culturels. Oui, ce qu’on appelle « monde de l’Art » (et qui pour moi est juste un grand vide dans lequel nous sommes toutes et tous en chute libre) peut énerver, frustrer, on peut se sentir en décalage, voir à côté de ces « acteurs » du milieu, qui vous dévisagent dans les vernissages de haut en bas, qui vous reprennent si vous n’usez pas des bons éléments de langage de leur classe sociale privilégiée, qui exploitent des étudiants désargentés (sans même parler des trucs dégueulasses que certains réservent à des étudiantes). Et tout cela est énervant, mais Aude de Kerros ne veut pas votre bien, elle est là pour trier et participerait à une vaste purge si on lui en donnait les moyens, avec sa copine Nicole Esterolle, qui n’a rien d’autre à foutre de ses journée, que de se rendre à des expos qu’elle déteste; quelle triste vie. Et vous seriez à ce moment là surpris de pouvoir encore moins vous exposer qu’avant, parce que vous n’auriez pas adhéré à leur groupe des « amis d’Henri Bouchard et Arno Brecker ».

Méfiez-vous de certaines « petites musiques » et ne vous croyez pas à l’abri du péril fasciste au sein des milieux de l’Art; ce serait naïf et irresponsable.

Prenez ce qu’il y a de bon dans l’Art Conteporain, car tout ne se résume pas à Jeff Koons, loin de là. Oui, il y a encore des artistes qui savent dessiner, graver, peindre et scultper dans l’Art Contemporain et les peintres encore exposés à la Biennale de Venise ces dernières années ne sont pas rares (contre toute attentes des imbéciles en France qui parlaient de la mort de la peinture). Il faut garder à l’idée que l’Histoire de l’Art est entaché par la persécution des artistes par les tendances lourdes et il faut être du côté de ces artistes, dont je parle un peu sur ce site d’ailleurs. Et qu’à chaque fois, qu’un nazillon passe la porte d’une galerie ou que des libéraux abrutis décident d’exposer des sculpteurs collaborationnistes, sous prétexte que « oui, mais quand même Louis Ferdinand Céline… », il faut être radical, car c’est une question de survie et parce qu’on aime l’Art et les Artistes.

Donc que Nicole Esterolle aille se faire voir et qu’Aude De Kerros aille compter les agents de la CIA à l’Ephad.

Parce que Marcel Duchamp et Jospeh Kosuth sont graveurs au départ, que c’est l’usage de la gravure et ses matériaux qui ont permis à l’Art Contemporain de questionner la pratique plastique et artistique, tandis qu’Aude de Kerros, n’a rien compris à la pratique de la gravure, quand on voit ce qu’elle produit. Alors pensez-vous, parler d’Art Contemporain…

Et n’oubliez pas, avant d’entrer dans une galerie d’art, de toujours bien vous essuyer les pieds sur le cadavre de François Duprat.

Antifascistement vôtre; il vous en prie.

Publié par monsieurweso

Poète et Artiste, je mène une pratique pluridisciplinaire depuis une quinzaine d'années et me passionne pour l'Histoire de l'Art depuis plus longtemps encore. Le dessin et l'écriture sont mes pratiques premières, mais la gravure est la discipline majeure de mon travail.

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